La fierté - 2018    2019

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En 2018, le service d’addictologie de l’hôpital de Rambouillet ferme ses portes. Je suis consternée !

Lors d’une manifestation de protestation devant l’hôpital, je rencontre un des membres du Collectif Hôpital Santé Publique Sud Yvelines. A l’issus d’une discussion, il me demande de rédiger une lettre reprenant mes arguments pour maintenir le service d’addictologie.

La voici :

« Je suis encore sous le coup de cette fermeture du centre d'addictologie, où j'allais participer au groupe de paroles du vendredi après-midi, avec La Croix Bleue, et le docteur Nowominski.

L'article ne dit pas dans quelles conditions seront reçus les patients en consultation pour l'addictologie.

Y aura-t-il un espace pour les groupes de paroles, si utiles ? Et où iront nous, nous les associations d'anciennes personnes addictes, nous présenter, et faire œuvre d'écoute et d’entraide ?

 Je me demande aussi ce que vont devenir les patients, qui arrivaient aux urgences très alcoolisées, en grande souffrance, et qui pouvaient espérer recevoir les soins adéquats avec du personnel spécialisé compétent (médecins, infirmières et aides-soignantes). A la rue, en prison ? Quel coup pour la société ?

J'ai personnellement effectué trois séjours de 15 jours en A3 (pôle addictologie de l'hôpital). J'y ai effectué, avec le soutien du personnel médical, un réel travail en profondeur psychologique, une biographie qui m'a permis de réfléchir sur ma vie passée, les causes et conséquences de mon addiction aux produits psychotropes. 15 jours de retraite, en milieu protégé, à l'abris du jugement des autres.

Je ne pense pas que ce travail serait possible dans un lieu non dédié à l'addictologie, parsemé au petit bonheur dans les différents services de l'hôpital.

Les malades alcooliques, ou plutôt les personnes addictes aux produits psychotropes, ont besoin de soins particuliers, et non d'être soignés aux hasards d'autres pathologies, dispersés dans l'hôpital.

Voici mon opinion,

Merci de votre attention,

O. S. »

Malgré tout, je consolide mon abstinence.

Ludovic Lang, le président de la Croix Bleue de Versailles, me propose de le remplacer dans l’animation des réunions.  Je me sens légitime pour cette tâche, au vu de mon expérience des groupes de paroles, que je fréquente depuis 2003. Cela n’empêche pas une bonne nuit d’appréhension la veille du premier groupe !

Je prends cette nouvelle occupation avec sérieux, comme une mission, avec un grand sentiment de responsabilité, et beaucoup de respect pour les personnes que j’accompagne durant les réunions. Henry est à mes côtés, et me conseille au besoin. Je bénéficie aussi de l’expérience acquise avec le Dr Nowominski, et Ludovic.

Chaque nouvelle réunion me fait progresser, apprendre sur moi et les autres, sur l’Humain.

Avec Henry, nous animons le groupe du mercredi à Vieille Eglise.

Par deux fois, j’accompagne avec Henry un nouveau patient au C.A.L.M.E. à Illiers-Combray. De retourner à cet endroit, le lieu de mon dernier sevrage, m’impressionne, et je ressens une légère nostalgie de cette époque où je n’étais pas autonome, où j’avais besoin de déposer mes valises, qu’on me prenne en charge…

Mais finalement, quelle fierté, quelle fierté d’avoir enfin construit mon autonomie ; mon abstinence me permet de profiter des joies de la vie, d’affronter ses difficultés, aussi.

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