Entre deux - Année 2012

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Je peux enfin dire que je suis abstinente des produits psychotropes. Il me reste, prescrit par le psychiatre les antidépresseurs, et le régulateur d’humeur pour ma bipolarité. Et les anxiolytiques, si besoin.

Je continue à voir l’addictologue, et je vais régulièrement au groupe de parole.

Je suis un peu perdue dans les soirées festives où il y a du monde. Je me sens comme décalée, et un peu nostalgique aussi. Mon cerveau s’est réveillé ; j’ai l’impression qu’il est en ébullition, comme pour rattraper ce temps passé à végéter.

Même si je sais que toute cette période de brouillard et d’addiction m’a permis de passer un cap, d’être encore là, ici et maintenant. Cela, je l’ai appris au groupe de parole. Et s’il m’a également appris à ne pas regretter, je ne peux me défaire de ma culpabilité par rapport à mon fils.

Je décide de reprendre le croquis sur la dépression fait en cure, et de l’agrandir en peinture à l’huile, et de le nommer « Renaissance ». J’y ajoute les quatre éléments, symbole pour moi de la réalité retrouvée, dans laquelle je m’ancre désormais.

Je m’inscris parallèlement dans un atelier de dessin, pour faire du croquis de Nu d’après modèle. J’ai bien avancé au niveau artistique, je fais ma première expo personnelle, avec vernissage. J’ajoute au champagne mis sur le buffet de l’eau et des jus de fruits.

 

En 2012, je suis invitée à l’anniversaire d’un ami qui fête ses 50 ans. C’est en province, nous y sommes hébergés pour quelques jours. La soirée commence comme d’habitude, les invités s’alcoolisent et fument, et ma frustration ne me quitte pas. Jusqu’à 3 heures du matin, où je me dis, soit je vais me coucher, sois je me fais un joint … Je choisis la deuxième alternative.

Dès le lendemain matin, l’obsession familière est revenue, je ne pense plus qu’à la façon de me procurer du cannabis, de retour chez moi.

Honte de cette rechute, comment l’annoncer au groupe de parole, après ces deux années d’abstinence ?

Renaissance w.JPG